Mon vélo a crevé. Ce genre de chose m’arrive toujours au moment où ça m’arrange le moins. Si j’arrive en retard au boulot encore un fois, je vais finir en rendez-vous avec le manager. Je me suis fais repéré pour mes retards fréquents. Ce n’est pas vraiment de ma faute, ce n’est pas comme si je faisais exprès d’arriver tard. Le problème, c’est que je ne peux pas partir très tard non plus. Du coup, les heures s’accumulent.

La semaine dernière, mon manager m’a demandé de venir le voir. Il m’a dit que mes retards devenaient gênants et qu’ils impactaient l’équipe. Il m’a demandé de faire un effort et de rattraper le temps perdu. Il n’a pas été trop dur mais il m’a fait sentir que si je ne redressais pas le cap, il ne pourrait pas me couvrir beaucoup plus.

Il connaît ma situation, il sait que depuis la mort de Nathalie je m’occupe de notre petite tout seul. Tout le monde est au courant au travail. On m’a plaint, beaucoup. Maintenant, après plusieurs mois, ils étaient passés à autre chose et ils s’attendaient à ce que moi aussi. « Il pourrait se reprendre, refaire sa vie », voilà ce qu’ils pensent. Ce n’est pas si simple. Je n’arrive pas l’oublier, je ne veux pas l’oublier. Ce serait à trahir. Eléonore commence déjà à me demander comment était sa mère, j’ai peur qu’elle l’oublie. Je dois me rappeler d’elle pour la petite. Pour Nathalie.