Le frigo est vide. Je ne suis pas allé faire les courses cette semaine. Je n’en ai pas eu le temps. Peut-être que j’ai tout simplement oublié. Ou peut-être que je n’en ai pas vu l’utilité. Depuis l’accident, j’ai la sensation d’être perdu. Je l’ai perdu, elle.

Nous étions en train de rentrer chez nous après avoir passé la soirée avec des amis. Elle n’avait pas bu pour pouvoir ramener la voiture à bon port. Elle était toujours comme ça, très prudente. La personne qui conduisait la voiture qui nous a percuté ne l’a pas été autant. Ma femme est morte sur le coup, du moins c’est ce qu’on m’a dit quand je me suis réveillé. Le conducteur de la deuxième voiture s’en est sorti, pas sa fille qui était à coté de lui.

Nous voila tous les deux détruit pour quelques verres de trop et une route que l’on connaît trop.

Le frigo est vide et je n’ai pas la force de le remplir. Les courses nous y allions tous les deux, le samedi matin comme beaucoup. Je n’arrive pas à affronter ces rayons et tous ces gens qui continuent à vivre leur vie de tous les jours comme si rien ne s’était passé. Alors depuis que je suis rentré de l’hôpital, je survis. Je vide les placards. Je mange ce que je trouve. Une conserve qu’elle a acheté il y a deux ans. Les céréales que nous mangions religieusement tous les matins ensemble. C’est un peu si une part d’elle était toujours là.

Bien entendu des amis sont passés pour me soutenir. Je ne veux pas être soutenu. Je veux sombrer. Je me sens désespérément seul, anéanti. Si j’abandonne ce sentiment, ce sera comme si je l’abandonnait elle. Cette tristesse, cette solitude, ce sont les choses qui me permettent de sentir qu’elle est toujours là, avec moi. Je ne veux pas m’en séparer.